Au Maroc saharien, la définition de la citoyenneté qui résulte de la
prise en considération d'une série de pratiques appropriées ne constitue
pas une réalité sociale irréductible du point de vue officiel. Le
conflit entre le Maroc et le F.Polisario a alerté l'opinion publique
sur les désignations officielles relatives à la question identitaire.
L'objet même du référendum procède à une recension des notions tribales.
Les deux parties en conflit évoquent le caractère tribal en tant
qu'unique cadre terminologique de l'identité au Sahara. Les listes
espagnoles de 1974 renforcées de cinq conditions supplémentaires de
sélection sont désormais les seules susceptibles de préciser et limiter
les critères de participation au référendum. L'idée d'Etat-nation qui
remonte à l'indépendance du Maroc, apparaît de la sorte comme un fait
peu séduisant ne reflétant pas d'influence considérable sur le
particularisme régional.
Il importe ici de préciser que la détermination interne des listes du
recensement espagnol de 1974 suscite une importante divergence entre
l'approche des groupes du Maroc saharien et celle adoptée par les
Nations Unies. Il se trouve que la rubrique H 61 regroupe Azwafit et Ayt
Usa réunis sous l'appellation Ayt Blla parmi les "tribus divers del
Norte". L'expression Ayt Blla n'est autre que le laff Est de la
confédération des Takna dont l'espace d'élection englobe le Wad Nun,
Bani et As Sagya Al Hamra. Ayt Blla se caractérisent par une pratique
graduelle définie par la volonté manifeste de s'enraciner politiquement
dans les valeurs de l'identité du Saharienne. Même s'ils n'ont pas cessé
de vanter le déterminisme marocain, ils ont toujours montré comment, par
suite de la mobilité géographique et socio-économique, il est possible
de s'investir dans une valorisation de l'identité sahrawie. Toutes leurs
caractéristiques ont en commun le fait de poser leur espace d'élection
comme une entité physique dont l'existence n'est pas affectée par
l'histoire. L'un des problèmes principaux que pose la division
territoriale franco-espagnole était de renforcer le critère d'identité
sahrawie par recours aux revendications territoriales issues de la
notion de contrôle historique d'As Sagya Lhamra. Face à l'ancrage tribal
séparatiste, leur volonté a été de faire valoir les valeurs identitaires
en tant que repère d'intégration de la société saharienne dans le Maroc.
C'est pourquoi ils ont privilégié le recours permanent à la mémoire
collective. Ils savent que même en cas d'amnésie volontaire, le contrôle
historique d'As Sagya Lhamra y compris après 1934, ne peut être nié.
Ce n'est qu'à la lumière des accords de Huston qu'ils ont réalisés
l'ampleur de la connotation faisant d'eux des non sahrawis.
Il s'est avéré que les deux parties en conflit ont décidé dés le plan de
règlement original de prendre, sous l'égide des Nations Unies, le
recensement espagnol de 1974 comme base initiale. Le rapport du
secrétaire général sur la situation daté du 15/1/1998 le stipule dans
son article n° 9.
"il y a lieu de rappeler que, conformément aux accords de Houston, les
parties sont convenues qu'elles ne parraineraient, directement ou
indirectement aux fins d'identification, aucun membre des groupements
tribaux H 41, H61 et J51/52, à l'exception des personnes figurant dans
le recensement de 1974 et des membres de leur famille immédiate, mais
qu'elles n'empêcheraient pas activement les personnes appartenant à ces
groupements tribaux de se présenter elles mêmes. Les parties sont
également convenues que l'identification de toute personne qui pourrait
ainsi se présenter elle-même devait avoir lieu dés que possible"
C'est là, désormais, la référence majeure pour identifier les
individus et les groupes susceptibles de participer au référendum sur
l'avenir politique de ce territoire. En s'accordant sur cinq critères
supplémentaires, les deux parties ont ainsi élaboré un nouveau cadre
terminologique de l'identité sahrawie. La représentation marocaine qui a
assurément pour horizon politique la mobilisation des voix des sahrawis
du Nord, présuppose une conception de la large participation. Elle
diffère en cela de la représentation du F.Polisario qui s'attache à
exclure les tribus qualifiées dans le recensement espagnol de H 51/61et
j 51/52. Une telle représentation revendique le recours strict aux
listes espagnoles qui acquièrent de ce fait une validité incontestable.
Elle ne trouve pour tracer les contours de la notion d'identité que
l'apport administratif espagnol en guise d'argumentation.
Il se trouve qu'à partir d'une série d'analyses locales différentes,
bien des définitions et des affirmations de cette identité, qui n'ont
rien de particularistes, rendent compte d'un désaccord total. De telles
analyses soutiennent que l'accord commun sous l'égide des Nations Unis
est insensible aux attributs d'une définition opérationnelle de
l'identité sahrawie. D'abord parcequ'il passe sous silence les aspects
dynamiques de la vie ethnique et des relations identitaires. Ensuite,
parceque la négociation de l'identité n'a été mise en valeur qu'en
fonction du rôle attributif et des qualités statiques de listes
fondamentalement politiques. C'est dire que les listes espagnoles de
1974, mêmes revues à la hausse, n'offrent aucun critère pertinent pour
délimiter l'appartenance identitaire sahrawie. Le fait identitaire est
une réalité sociale et politique irréductible et aussi fondamentale que
la notion de contrôle de l'espace. La définition du F.Polisario ne
pourrait de la sorte, s'appuyer, comme elle le prétend, sur la relation
au politique et au social comme argumentation de base. Essentiellement,
parce qu'en dénigrant le fait identitaire, elle réduit la réalité de
l'histoire des alliances militaires et politiques à sa plus simple
expression. Elle oublie que le mode d'occupation de l'étendue
migratoire qu'est le parcours de nomadisation doit être mis en parallèle
avec le système des alliances. Or, il est claire que s'appuyer sur les
rapports historiques de la première moitié de ce siècle pour spécifier
le champ politique, consiste d'abord à rappeler le système des alliances
guerrières et politiques sur place. Précisons que l'assimilation entre
Ayt Blla et les ennemis perpétuels de l'Espagne a fourni pour l'étudier
un modèle du type guerrier mobilisable à tout moment. Il se trouve en
effet, que, pour des raisons évidentes, les espagnoles au Sahara ont
toujours considéré Azwafit et Ayt Usa comme des adversaires permanents.
N'importe quel regard, même rapide, sur les différentes études
monographiques françaises et espagnoles de la première moitié de ce
siècle, indique d'une manière convaincante la place imposante de ces Ayt
Blla au sein leur espace d'élection au Sahara. Il ressort très
clairement que si les espagnols n'ont pas pu pénétrer à l'intérieur des
terres du Sahara avant 1932, c'est essentiellement parcequ'ils ont été
empêché par ceux qu'ils qualifiaient dans leurs rapports confidentiels
d'"ennemis irréductibles". Les événements qui ont marqué les années 1950
affirment le caractère anti colonial de ces tribus dont le territoire
était partagé depuis 1934 entre deux puissances coloniales. Le grand
mérite des sources historiques locales et coloniales c'est de ne pas
dichotomiser l'espace des Ayt Blla malgré toutes les tentatives
espagnoles. Tout au long des années trente, quarante et cinquante, Ayt
Blla paraissent maintenir leurs alliances et leur présence effective
dans l'espace convoité. L'enquête anthropologique fait observer en
premier lieu que la notion d'identité Ayt Blla implique un certain
contenu renforcé par les événements anti espagnols de la fin des années
1950. Il faut avoir présente à l'esprit cette idée en cascade lorsqu'on
envisage les faits marquants des ces années de braise. Le trait
essentiel des listes espagnoles les excluant volontairement n'en est que
la confirmation. Comment donc articuler la dimension ethnique et sociale
sahrawie et qu'elles sont les conceptions politisées uniformes de
l'identité ?
Nous pouvons pour mieux le dire, retourner aux fonds d'archives français
et espagnols de la première moitié de ce siècle. ils permettent à eux
seuls de se persuader sans réserve que le contenu de l'identité sahrawie
s'élabore du dedans, plutôt que d'être préfabriqué de l'extérieur et
plaqué comme un vernis.
L'identification des sahrawis renvoie préalablement à tous ceux dont
l'identité est définie par rapport au système local des alliances
politiques tribales issues du siècle précèdent. La composition de ce
système varie fortement selon la répartition des entités politiques et
en fonction du contrôle de l'espace. Au sud du Sahara Atlantique
(actuelle Mauritanie), il s'agit de système émiral incarnant la
domination politique des guerriers (Hassan) sur les religieux (zawya).
Au Nord qui nous intéresse ici, la notion de regroupement militaire et
politique duel s'exprime à travers la notion du "laff". Cette expression
renvoie au concept de dualité entre regroupements politico-militaire des
principales tribus. En tant que principal critère d'identification,
l'appartenance à chacun des deux laffs fait que les principales tribus
alliées forment la conscience sociale et incarnent un système
d'alliance et réfléchissent leur existence et leur unité identitaire.
Ainsi, dans la seconde moitié du XIX° siècles et jusqu'en 1940 les
différents groupes de la tribu des Rgaybat sont fortement liés par les
jeux d'alliances à chacun des deux laffs Takna. S'ils font partie du
grand laff des Jazula (Iguzuln) d'As Sagya Lhamra, du Wad Nun et de
l'Anti Atlas, c'est parce qu'ils s'allient politiquement et
militairement aux deux laffs de la confédération Takna et aux tribus
guerrières et religieuses opposées au laff Tahuggat (Ihuggatn). Le laff
Taguzult incarne en effet le thème unificateur des contours de
l'identité. Contrôleurs jusqu'en 1934 du Wad Nun et du Bani Occidental,
les deux laffs Takna recouvrent As Sagya Lhamra et ses axes caravaniers.
Avec l'installation des postes militaires espagnoles sur les côtes du
Sahara, ce qui est mis en relief, c'est un front d'opposition de toutes
les. Mais que s'est-il passé durant le début des années 1930 et quels
rapports d'opposition se sont-ils cristallisés dans des réalisations
spatiales ?
En guise de réponse, relevons qu'en 1974, les tributs du laff de l'Ouest
(Ayt Aj Jmal) de la confédération figurent dans le recensement comme
contrôleuses de l'axe côtier d'As Sagya Lhamra. Toute la question
cependant est dans l'absence remarquée de l'autre laff de l'Est Ayt Blla
des listes espagnoles. Pourquoi les tribus de ce laff ne figurent-elles
que sous l'intitulé "tribus du Nord / tribus diverses, H 61" ? Comment
expliquer qu'un grand nombre de leurs groupes de parenté forment
aujourd'hui la population de l'Est mauritanien (Awlad Blla) ? Pour
décrire une ligne d'évolution à partir des traits distinctifs des
conflits entre espagnols et tribus locales, restituons un ordre linéaire
des faits marquants.
On sait que ces tribus Ayt Blla occupent une position stratégique
privilégiée qui incarne aux yeux de toutes les tribus du Sahara
Atlantique les registres territoriaux les plus riches. C'est d'ailleurs
pourquoi toutes les monographies des officiers espagnols et français des
quatres premières décennies du XX° siècle associent à l'image des Ayt
Blla un visage quasi invariant qui comprend l'agriculture, l'artisanat,
le commerce des grandes foires annuelles et la transhumance. Ce laff
matérialise le patrimoine architectural (surtout l'habitat rural) et les
paysages peu détachés d'un environnement verdoyant où abonde l'eau.
Néanmoins, si chaque nomade du Sahara voit les villages du Wad Nun et
Bani comme un espace privilégié, il n'en associe pas moins les tribus du
laff Ayt Blla au contrôle directe de l'espace allant jusqu'au sud d'As
Sagya Al Hamra. Tentons de démontrer ce fait sans nous référer à la
tradition orale et à la mémoire collective, riches d'enseignements pour
l'identité. Contentons nous, pour une illustration issue des normes
occidentales, des seules sources françaises et espagnoles.
Quelques citations édifiantes
En 1914, le gouverneur général du Gouvernement Général de l'Afrique
Occidentale (GGAO-Dakar) ordonne à son officier Paul Marty de préparer
une étude monographique sur Les Tribus de "La Haute Mauritanie". C'est
donc à partir de la Mauritanie que P. Marty élabore sa célèbre
description des Takna, des Rgaybat et Awlad Dlaym . Ses informations sur
le terrain lui permettent d'assurer que la célèbre Mar Pequena se situe
"dans la carte d'Ortelinus, comme dans l'atlas de Mercator, au Sud
d'Amfolez, qui n'est autre évidemment que la fraction actuelle des Aït
Oussa. Or, les Aït Oussa sont établis eux-mêmes au sud de l'Oued
Assaka".
Ce qui importe ici, c'est que Azwafit et Ayt Usa sont des tribus
potentielles des Ayt Blla. On aura compris que les versions qui les
situent loin de la côte sont à remettre en cause. Il reste donc, à
préciser l'importance effective de cette présence sur l'axe côtier. Pour
répondre, P. Marty ne manque pas de signaler :
"aujourd'hui, les Tekna sont divisés par des rivalités intestines dont
les plus connues dans le Sud mauritanien sont les suivantes. 1°-..., ... et
... (Aït djmel) contre Aït Oussa (Aït Blla). Les luttes ont été closes
momentanément au moins, en 1910, par l'écrasement complet des trois
fractions alliées. Les Aït Oussa pillèrent jusqu'au sang leurs ennemis
et particulièrement les ...., leur enlevant chameaux, femmes et enfants.
Ceux-ci durent envoyer aux vainqueurs une sorba qu'immola sept
chamelles, suivant la coutume et ils jurèrent une paix et une
reconnaissance éternelles" (p 83).
La classification comme P. Marty la conçoit idéalement sous son aspect
typique à partir d'observations effectuées dans le Sud de l'Adrar
mauritanien ressort de manière claire : Le fait sahrawi est une réalité
sociale irréductible aux deux laffs Takna. Il s'empresse de le
souligner en démontrant l'importance politique des Azwafit et Ayt Usa
sur cet axe côtier :
"leurs pâturages s'étendent de l'Oued Noun à Zemmour coupés par l'Oued
Dra, l'Oued Chbeika et la Seguia : ceux des Aït Djmel le long du rivage
; ceux des Aït Blla vers l'Est. L'eau ne manque pas, d'abord dans l'Oued
Assaka, où coule toujours au moins un ruisseau, ainsi que dans ses
affluents; ensuite dans l'Oued dra . L'eau n'y court pas; il est vrai,
mais la nappe qui se perd en amont, au coude de Mhamid-el-Gozlan, se
retrouve à peu prés partout en aval, sous la mince couche de sable et de
gravier ". (p 91)
En tant que deux ensembles par ailleurs inégaux, les deux laffs Takna
s'accordent pour entretenir des relations de marché auxquelles ils
participent en tant que corésidents interdépendants conservant leurs
divergences politiques et leurs sentiments communautaires.
Il n'en reste pas moins que ces quelques données illustrent beaucoup
moins que celles de F.C de la Chappelle, la circonscription du laff Ayt
Blla dans l'espace concerné. L'importance de la monographie de ce
dernier réside dans le fait qu'elle fait ressortir la dimension des deux
laffs dans les enjeux politiques et spatiaux du Sahara des années 1930.
Pour délimiter l'espace des deux laffs Takna, F.C de la Chappelle se
réfère aux renseignements de la Résidence Générale et à sa connaissance
parfaite d'As Sagya Lhamra. Il fait de celle-ci une partie du pays Takna
quant il détaille au sud du Dra :
"1° la partie orientale (la plaine de la Btana-la Hmada- la Sagya el
Hamra) 2°- la partie occidentale (allant de Dra à l'embouchure de la
Sagya el Hamra) 3°- la partie centrale (au Sud-ouest la Gaada, au
Nord-Est les Jbels Zini et Aider)". Pour mieux appuyer cette idée,
l'auteur rappelle que le Colonel Lahure "fit en 1888 une série
d'intéressantes explorations entre le Dra et la Seguiet el Hamra, écrit
que le pays de Tekna se divise en deux parties : au Nord le "Tekna
marocain"....et au sud le "Tekna libre" qui s'étend du Dra au cap Bojador.
Cette division, si superficielle qu'elle soit, synthétise bien la
situation réciproque des nomades et des sédentaires, dont l'association
à base d'intérêts constitue chacun des deux groupes des Aït Jmel et des
Aït Atman, et à l'intérieur de ceux-ci chacune des tribus qui les
composent. En réalité, les limites ne sont toujours précises entre les
deux genres de vie :il n'y a guère de sédentaires qui n'adoptent de
temps en temps la tente. En disant que tous sont agriculteurs, on ne
peut pas rigoureusement ajouter que les sédentaires sont des
commerçants et les nomades des éleveurs ; dans les grandes lignes, c'est
cependant assez proche de la réalité".(p 57)
Contrairement donc à l'historien pour qui la société des pasteurs
nomades s'oppose, par l'ensemble de ses caractéristiques à une société
d'agriculteurs sédentaires, F.C de la Chappelle n'oppose nullement les
exigences des deux modes de vie. Pour mieux éclairer la place imposante
des Ayt Blla au sud de Wad Shbayka, il assure :
"Mokhtar Ould Najem, le chef des Aït Lahssen, concluant une trêve avec
les Aït Oussa, spécifia qu'elle n'aurait de valeur qu'au Nord du
Chbeika; ceci, racontèrent les informateurs, "afin de faire remonter les
gens de sa tribu qui échappent à son influence par suite de leur
éloignement".(p 58)
Lorsqu'on met en parallèle société nomade et société sédentaire, on est
tenté de rapprocher Ayt Usa et Azwafit des communautés semi-nomades.
Pour F.C. de la Chappelle, les Ayt Usa par exemple, "vont jusqu'au bord
Sud de la Hmada, mais s'étendent surtout vers l'Est, atteignant parfois
la Daoura". (p 58)
Par leur organisation interne hiérarchisée et la solidarité qui unit
leurs groupes dans l'Est mauritanien, les Ayt Blla, devenus Awlad Blla
rappellent particulièrement Azwafit. Leur tradition orale continue
aujourd'hui à donner lieu aux désignations identitaires les rattachants
aux Azwafit.
Ce qu'il faut préciser ici, c'est que d'abondants rapports confidentiels
des officiers espagnols indiquent clairement en ce début des années 1930
un fait décisif : Si l'armée espagnole n'est pas arrivé à pénétrer à
l'intérieur des terres, c'est parceque toutes ses tentatives
d'infiltrations militaires et de mobilisation contre les Ayt Blla ont
échoué. Le retrait remarqué des Ayt Usa et Azwafit vers l'est de l'axe
côtier ne peut s'expliquer de la sorte que par l'ampleur de
l'acharnement espagnol. On peut lire, en effet, dans l'anonyme intitulé
Le Sahara Espagnol, rédigé en 1932, que :
"La disposition géographique des partis politiques (laffs) chez les
nomades entrave une action venant de la côte : Les Aït Jmel et les ouled
Delim forment écran devant leurs ennemis, Aït Atman et Regueibat. Il
est donc très difficile aux Espagnols de se tenir au dessus de leurs
querelles et d'en jouer : en fait, ils soutiennent de leurs munitions et
parfois de leur aviation leurs plus immédiats voisins, ce qui ne va pas
sans inconvénients : leurs contacts en particulier demeurent espacés
avec les Rgueibat et surtout avec les Aït Atman des Tekna et ces deux
groupements ont déjà montré parfois une certaine hostilité à leur égard
".(p 24) parlant des notables des tribus de l'axe côtier, ce même
document précise auparavant qu'ils "reçoivent des cartouches, grâces
auxquelles ils peuvent dominer leurs adversaires, mais il est bien
entendu clair pour eux que les espagnols ne pénétreront pas et surtout
ne s'installeront pas à l'intérieur"
Lorsque F.C de la Chappelle confirme que les hostilités entre Awlad
Dlaym et Ayt Usa sont en ce moment "très vives", (p 77) il n'hésite pas
à déclarer que ces derniers sont "des grands nomades auxquels les
informateurs attribuent au moins 1500 tentes...presque uniquement des
nomades; leur centre de pâturages est la Btana. Vers le sud ils
dépassent rarement la Seguia el hamra,.. vers l'Est, ils vont
normalement jusqu'à l'Iguidi.. du côté de l'océan, ils ne pénètrent sur
les pâturages Aît Jmel qu'en rezzou, et de ce fait leurs troupeaux
s'arrêtent à la gaada".(p 97-99) Ayt Usa forment depuis lors "la tribu
la plus puissante et la plus nombreuse des Tekna...Au désert, leurs
relations avec les Rgueibat varient selon les tribus et selon les
circonstances...L'hostilité entre Aït Oussa et Ouled Dleim est déjà
ancienne. Elle a été très aiguë ces dernières années, mais subi
actuellement un certain ralentissement".(p 103-104)
Voilà donc quelques citations qui remettent en cause le caractère
absolument villageois des tribus en question tout en assurant la
présence incontestable des Ayt Blla et Yaggut dans As Sagya Al Hamra. Si
nous désirons mieux le confirmer en 1934, nous devons nous référer aux
Bulletins du Comité de l'Afrique Française (Renseignements Coloniaux).
Il ressort que cette année charnière voit s'édifier la répartition du
territoire entre les deux puissances coloniales avec une série de
conséquences sur la logique des alliances. Cependant, il faut attendre
1936 pour voir émerger les premières stratégies de contrôle effectif du
territoire.
"C'est dans ce désert relatif que vivent les yaggout... Leur transhumance
se limite à quelques vallées d'une certaine région, dont ils ne
s'éloignent pas...Le Yaggout, qui a l'habitude de fréquenter les Muggar
(foires à jour et à lieu fixe) du Noun, est un nomade favorisé. Dans ces
foires, il vend ses chameaux et achète ce dont il a besoin pour vivre
dans ses solitudes torrides (toiles, sucre, farine). Le circuit normal
de tribulation des Yaggout est notre Sahara, bien qu'ils revendiquent
des droits sur des terrains et des points d'eau situés de l'autre côté
du draa, à hauteur du bureau français de El Aïoun, poste stratégique
placé en face de notre territoire. Le centre de leurs pâturages est le
Djebel Zini où l'oued Tilmzoun prend sa source...Cet oued prend sa source
dans le djebel Zini, en un lieu appelé Meksen Ifernan (de Meksen :
défilé Ifernan :un nom d'une espèce d'euphorbe). C'est là un point
d'eau important qui connut des temps de richesse, mais qui, après voir
été cultivé, fut délaissé à la suite de querelles avec Aït Oussa. On
peut y voir encore les ruines de quelque douze maisons qui y élevaient
des murs en pisé....Les Yaggout nomadisent dans toute cette région jusqu'à
la Bteina Tellia et le Djebel Aïdar, poussant parfois jusqu'à la Seguiet
El Hamra au Sud et à l'embouchure du Chebeika à l'Ouest. Il est rare
que, à l'Est, ils arrivent à l'oued Tigsert. Il y a quelques années, les
Yaggout, chassés du Djebel Zini, partirent à Koudia Idjil et se
placèrent sous la protection des Français. Mais des pâturages ayant fait
défaut, une certaine année, ils ne revinrent plus sur les confins de la
Mauritanie....Chacun sait que toute la région comprise entre l'oued Noun
et la Seguiet el hamra est habitée par les Tekna. ..A la suite
d'incidents de toutes sortes.. les représailles, les Yaggout se
séparèrent des Aït Lahsen, leurs anciens protecteurs...Ils campèrent à
deux jours de Kodiat Ijil, en un lieu appelé ben Amira, où ils demeurent
deux ans. Ils y engraissèrent vite leur troupeaux et se vengèrent des
Aït Oussa en organisant des rezzou...Ils partirent ensuite en dissidence
et participèrent à l'action contre la colonne du lieutenant - Colonel
Mouret dans la retraite de celui-ci, après le sac audacieux de Smara en
1915..."
Si l'on analyse les données ethnographiques du Bulletin de l'Afrique
Française, qui décrivent le mouvement mobilisateur de l'action anti
coloniale, on relèvera un principe dynamiste continu. La répartition du
territoire engendre une conjoncture originale dont la description
associe étroitement tensions et antagonismes au conflit ouvert opposant
chacune des deux puissantes colonisatrices aux Ayt Blla.
"Les yaggout possèdent des terres et des pâturages au Nord du Draa, mais
les Français leur en discutent les droits et les empêchent d'en jouir.
En revanche, au Sud du draa, les Aït Lahsen et les Aït Oussa (du Maroc
français) nomadisent, pâturent, cultivent et campent en territoire
espagnol. Il est clair que ceux-ci pourraient subir le même traitement
que ceux-là, si nous faisons en ces lieux acte de présence...Mais
pourquoi l'Espagne serait-elle prodigue de son argent et de ses hommes
pour la police de ces régions dont la France seule tire profit ?...La
France seule est intéressée à ce que la paix règne en ces régions d'où
elle tire des bénéfices, alors qu'il nous suffit seulement de maintenir
l'ordre et la sécurité sur la côte et sur les routes aériennes, ce qui
est réalisé aujourd'hui. On comprend que nos voisins demandent le droit
de poursuivre dans notre territoire les "Gazis", qui les attaquent les
caravanes et les postes, mais ils ne doivent pas être autorisés à y
faire des incursions pour un motif futile, pour se s'emparer de quelques
nomades, ou pour profiter de nos puits, comme à la Guelta de Zemmour, ou
de nos pâturages. La présence des Français sur notre territoire
pourrait exciter les esprits et nous obliger à intervenir à
l'intérieur....Le croquis où sont indiquées (d'après les Français) les
zones de nomadisation des différentes tribus est suffisamment éloquent.
Les Français fixent aux Tekna une zone de nomadisation qui, d'après le
croquis, atteint la Seguiet Hamra. Des dits Tekna, les Yaggout et les
Izerguien font partie de la zone espagnole, mais les Aït Lahssen et les
puissants Aït Oussa appartiennent à la zone française, et leurs
troupeaux poussent cependant très à l'intérieur de notre Sahara...On
devrait étudier une répartition par fractions, car le fait d'attirer à
eux toutes les Jemaa des tribus, n'autorise pas les Français à les
considérer complètement comme leurs, et à traiter ensuite avec nous,
sans que nous ayons le droit d'imposer nos méthodes".
La France et l'Espagne avaient, en ce moment, bien des raisons pour
comprendre que le contrôle de l'espace est une notion déterminante pour
la définition des alliances entre les deux laffs Takna. C'est ce qui
explique que chaque monographie française où espagnole court le danger
de projeter ses propres catégories et qu'il faut fonder l'analyse sur la
notion de rapport constant à l'espace convoité. Les tentatives de
limitation de la présence Ayt Blla sur la Sagya Al Hamra allaient-elles
permettre un réel rétrécissement du territoire Takna de l'Est ?
Autrement dit la stratégie de fractionnement allait-elle permettre une
avancée dans la division des tribus habituées aux grandes étendues ?
Il faut attendre 1948 pour voir l'officier français des Affaires
Indigènes Vincent Monteil décrire l'impact de l'action franco-espagnole
sur les rapports d'alliances et sur la notion de contrôle de l'étendue
migratoire depuis une décennie. Fils de Charles Monteil, célèbre
spécialiste de l'Afrique de l'Ouest, il se distingue nettement par une
meilleure et parfaite connaissance du terrain et ses occupants.
Rédigeant ses notes à Gulmim (Goulimine) dés 1945, il offre la
description administrative la mieux détaillée.
"le pays des Tekna, le Trab Tekna est limité au Sud par la Seguiet el
Hamra, sagya a-lhamra, ....les terrains de parcours des nomades s'étendent
sur plus de 1000 (mille) kilomètres du Sud-Ouest au Nord-Est : de
Villa-Cisneros à Tagounit ; et sur plus de 500 kilomètres du Nord-Ouest
au sud-Est : d'ifni à l'Iguidi Igidi). Ces terrains sont autant chez
nous qu'en zone espagnole, par contre, le "trab Tekna" est plus étendu
chez nos voisins : il est vrai que l'Oued Noun, qui en est le cœur, est
entièrement au Maroc français. Enfin, l'importance de la position
géographique des Tekna est marquée sur la carte n°1, par le tracé de
l'axe commercial Goulimine-Tantan-bir Mogrein, et par celui de la piste
impériale n°1".
Ainsi, malgré que le plan d'action devait inévitablement conduire Ayt
Blla à une parfaite inadaptation à deux appareils administratifs
étrangers, la description microscopique des rapports politiques indique
la succession des agissements et le maintien des alliances. Avec ou sans
oscillation entre "les deux territoires", il ressort clairement que les
rapports des deux laffs au contrôle franco-espagnol de l'espace offrent
ici un même vecteur : Ayt Blla impulsent les rapports d'alliances de
manière active et ordonnée. Cette vision est en fait celle de V.Monteil
qui consacre une partie de sa monographie à l'esquisse géomorphologique
et géologique d'As Sagya Lhamra en tant que partie nomade du pays Takna.
(p 27à 31). Tout en précisant qu'aucune tribu Takna ne peut être
qualifiée de villageoise uniquement, il s'arrête à un point important :
"Tindouf / ou surtout Goulimine, Atar, par Bir Mogrein : 40 jours en
tout. C'est toujours l'axe de circulation principal des Tekna, avec
franchissement du Dra inférieur en des points déterminés (carte n°8)
".(p 45). Le troisième axe transversal du pays Takna est celui de la
Sagya Al Hamra "pâturage, surtout à mouton; terrains de culture
(surtout grara ou bassin de collection des eaux), la segya, les années
pluvieuses, est le grenier du Sahara Occidental".(p 46).
Il convient donc de remarquer que l'opposition entre les deux périodes
d'avant et après la répartition du territoire Takna n'est pas aussi
marquée que les listes espagnoles veulent bien le laisser entendre.
V.Monteil ne manque pas de dévoiler combien les nomades des deux laffs
de la confédération participent à la vivification des terres non
irriguées. Il est vrai que du point de vue de la loi musulmane, c'est là
le seul véritable critère qui légitime la possession de la terre. Pour
mieux le démontrer, V.Monteil situe Ayt Usa parmi les nomades chameliers
sahariens. Il assure que les deux tiers de cette tribu sont des "nomades
moyens" alors que le tiers qui reste est composé de "petits nomades dont
les terrains de parcours favoris : Btana, btaïna et Hmada". (p 54).
Une disposition numérique des Awlad Blla de l'Est mauritanien ne peut
figurer étant donnée la limitation de l'aspect monographique à As Sagya
Lhamra. Seule la disposition numérique des autres Ayt Blla du Nord se
retrouve appliquée tout au long des paragraphes de l'étude. Il importe
de signaler que de telles événements au lieu de séparer divers groupes
claniques d'une même tribu, n'ont aboutit chez V.Monteil à aucune
fission. Le mérite de sa monographie est de ne pas dichotomiser
l'histoire locale en deux périodes. Aussi, si l'on se réfère à
l'abondante documentation française et espagnole, on relèvera
l'existence de bon nombre d'expressions ou se segmentent les tribus de
ce laff en groupes claniques signalés par des noms de lieux dans As
Sagya Lhamra. Ce qu'il faut pour mieux s'en convaincre c'est un regard,
même rapide, dans les répertoires toponymiques et les fonds d'archives
des bibliothèques spécialisées.
De fait, cette documentation des années 1940 et 1950 démontre d'une
manière claire que la stratégie espagnole et ses préjugés largement
répandus contre Ayt Blla demeurent vivaces en particulier en 1959. Le
terrain des faits offre en effet à l'anthropologue un laboratoire de
recherche approprié pour une meilleure connaissance des causes des
turbulences qui affectent la région jusqu'en 1974. Les références aux
aspects multiples de l'opposition aux espagnols enfoncent plus avant
notre perception des Ayt Blla, transformés en immigrés, ennemis de la
collaboration et moines guerriers de tout les temps. A eux seuls Ayt Usa
incarnent avant tout, une tribu passionnée depuis sa naissance par le
jihad en tant que raison d'être première. On ne s'y trompera pas
d'ailleurs, si on se penche sur son passé anti ibérique jusqu'à la
mobilisation des années 1957- 1958 et en particulier de 1959. Dés lors,
on croît comprendre pourquoi leur rapport fondamental avec les espagnols
est formé par les tensions que les listes espagnoles n'ont pas su
éviter. La stratégie espagnole pour former sur place un Etat indépendant
met en relief les mêmes oppositions. Elle restitue au niveau des listes
de 1974 un ordre antagoniste que le processus d'identification n'a pas
su éluder.
On se trouve donc en droit de conclure que le courant principal qui se
dégage de la littérature séparatiste est celui qui se consacre à
décrire le phénomène identitaire à partir de ses qualités amnésiques et
en fonction de son rôle politique. On insiste sur le fait que les
séparatistes revendiquent des listes établies dans un cadre par trop
mécaniste d'un tribalisme outrageux. Dés lors, on soutiendra qu'une
telle approche s'est montré insensible aux aspects dynamiques de la vie
politique génératrice d'homogénéité et de valorisation de la notion de
citoyenneté. Nous voudrions en particulier dénoncer ce syndrome fait
pour maintenir ouvert le gouffre qui sépare les mêmes groupes de
parenté, clans et lignages. Il y a là deux sentiments bien différents,
qui se confrontent mutuellement en une sorte de différenciation
croissante. Nous nous mettons du côté de ceux qui se renforcent
mutuellement, et qui, en une sorte de réciprocité tacite, s'associent
pour lutter ensembles contre l'égocentrisme et le sentiment d'inimité
tribale, qui ne sont rien d'autre que les deux modes principaux sur
lesquels s'exprime la volonté d'exclusion.
Au delà de l'intérêt empirique de ces données, se pose la question
unificatrice multiforme qu'anime le phénomène identitaire. On peut alors
regretter que d'ordinaire, le processus référendaire aurait du être
entamé sur une base identitaire anti coloniale. Or, les deux parties en
conflits ne l'ont entamé que sur la base d'une désignation étrangère
accréditant les visées espagnoles d'une grande importance pour la suite
des événements. En concevant idéalement l'identité sous son aspect
typique à partir de critères effectués par l'administration coloniale,
le F. Polisario se contente de peu d'attributs identitaires comme
procédé tactique. Le Maroc en acceptant les listes espagnoles élude
implicitement la question du phénomène identitaire au sein d'une même
confédération et un même territoire. L'une des conséquences nombreuses
que pose cette approche est qu'aujourd'hui le laff Ayt Blla est acculé
à formuler son opposition à la clause n° 9 du rapport du secrétaire
général des Nations Unies. Il se garde de toute reconnaissance de la
démarche accréditant la stratégie espagnole. L'uniformisation des
pratiques de reconnaissance des listes étend donc démesurément la
contemporanéité de l'exclusion espagnole. Ce procès serait trop facile
et perdrait rapidement de son intérêt s'il ne place pas aujourd'hui les
deux parties en conflit face à une troisième. Deux constations
apparemment contradictoires s'imposent lorsqu'on étudie cette attitude
de fait : d'une part, on assiste incontestablement à une uniformisation
des orientations des deux parties reconnues par les N.U. D'autre part,
malgré cette uniformisation, l'aspect politique des revendications
identitaires tend à se renforcer fragilisant la position des deux
parties. La tendance aujourd'hui est qu'une fois en présence de la
commission des N.U, il serait possible de rejeter les représentants des
deux parties. Autrement dit, déterminer l'importance de l'identité
devant l'opinion internationale consiste aujourd'hui à réduire la
fonction du référendum à un simple instrument au service de l'identité
et non l'inverse.
A s'en tenir à cette seule exigence, on pourrait être enclin à
considérer la tendance des Ayt Blla comme une prise de position
historique unique du genre descriptible d'une réelle volonté d'effacer
les différences politiques et consolider le socle des rapports de
solidarité sociale. En dehors des ambitions personnels des tenants du
séparatisme, on conçoit l'étape suivante comme celle de développement
des prérogatives politiques de consolidation de la paie sociale. L'ordre
politique qui revalorise l'égalité entre toutes les composantes sociales
ne peut souffrir des freins à l'équité.
Bien entendu, il serait décevant d'en rester là, la troisième partie
n'étant pas une création superficielle. Il faut le comprendre et, pour
cela, les N.U doivent être capables de revoir la structure sociale et
politique dans la région. Pour ce faire, l'opinion internationale doit
connaître l'anatomie de la vérité des rapports politiques entre
composantes tribales sur place. Les Ayt Usa, mobilisés contre les
espagnoles, ont remplie, à travers les siècles, bien des cimetières tout
au long de la côte Atlantique. Depuis 1975, ils ont alimenté l'armée
marocaine et ont vu leurs groupes claniques diminuer en nombre et en
importance économique. Ce n'est pas à tort qu'on les qualifie localement
de "tribu des martyres". Avec les Ayt Blla, ils sont aujourd'hui sommés
de choisir entre marginalisation déjà chronique ou amnésie des tenants
de la thèse espagnole. Affronter une telle réalité impose que retour
soit fait sur le pourquoi du favoritisme local et le comment d'une
stratégie du dépassement véritable. Il s'agirait en quelque sorte de
tenter une approche anthropo-sociologique de la modernité pour
déterminer la place, le sens et la fonction assignables à l'identité
sous sa forme valorisante. Lorsqu'on met en parallèle société tribale et
société civile, on est tenté de rapprocher les composantes du laff Ayt
Blla des communautés de résistance à la modernité. Or, pour éclairer les
principes de l'organisation territoriale du Sahara, on doit appréhender
dans sa totalité et dans son évolution continue, le système de
négociation de l'identité sous l'égide des Nations Unies. Autrement dit,
il ne faut pas acculer les tenants de la troisième partie à se réclamer
d'une pensée qui ne considère l'être que sous sa dimension tribal. Il
est regrettable que tout ce à quoi et par quoi l'identité participe
encore au conflit du Sahara est proprement segmentaire.